Partir ou non : décider à deux d’une expatriation
La proposition arrive souvent par un appel ou un courriel : un poste à Montréal, à Dakar, à Singapour. Celui qui la reçoit a parfois déjà dit oui dans sa tête avant d’en parler à la maison. C’est souvent là que commence le malentendu qui pèsera sur toute l’expatriation.
L’essentiel en trois points
- Une expatriation est un projet de couple, même quand le contrat ne porte qu’un seul nom.
- Les préoccupations familiales sont la première raison de refus d’une mobilité, et l’adhésion du conjoint au projet pèse sur la réussite de la mission.
- Décider à deux suppose de séparer trois temps, s’informer, se parler, décider, et de se donner le droit de dire non ou « pas maintenant ».
La façon de décider compte autant que la destination
Une expatriation commence bien avant le déménagement. Elle commence au moment où le couple décide, ou croit décider.
Les études le montrent depuis longtemps. En 1989, J. Stewart Black et Gregory Stephens observaient chez des cadres américains expatriés en Asie-Pacifique qu’un conjoint favorable à l’expatriation s’adaptait mieux, que son adaptation était fortement liée à celle du cadre, et que toutes deux pesaient sur l’intention de rester. Côté entreprises, l’enquête de GMAC Global Relocation Services publiée en 2008 plaçait les préoccupations familiales en tête des raisons de refus d’une mobilité (89 %), devant la carrière du conjoint (62 %), et en tête des causes de retour anticipé.
Un oui donné sous pression ne disparaît pas avec le temps. Il revient à chaque difficulté, sous la forme d’un reproche qui ne se dit pas toujours : « tu m’as fait venir ». À l’inverse, un oui construit à deux donne au couple une ressource pour traverser les mois difficiles.
Les pièges classiques de la décision
Le oui anticipé. L’un des deux a déjà accepté, au moins intérieurement, et la discussion à la maison sert surtout à convaincre.
La décision par défaut. « On ne refuse pas une telle promotion. » La carrière de l’un décide pour le couple sans que personne ne l’ait vraiment choisi.
Le marchandage flou. « Deux ans, puis on rentre. » La promesse rassure, mais personne n’a vérifié qu’elle était tenable, ni ce qui se passerait si elle ne l’était pas.
Les réticences tues. L’un garde ses doutes pour ne pas freiner l’autre. Ils resurgissent plus tard, souvent plus forts.
Les enfants oubliés, ou mis en avant. Soit on décide sans eux, soit on se cache derrière eux pour dire non sans avoir à en parler.
Une méthode en trois temps
- S’informer, chacun puis ensemble. Le poste, sa durée, le package, le droit au travail du conjoint, les écoles, la santé, la sécurité, le coût de la vie, la distance avec la famille. Si possible, visiter avant de décider.
- Se parler en séparant les sujets. Ce que chacun gagne, ce que chacun perd, ce qui fait peur, ce qui ferait dire non. Chacun parle sans être interrompu, l’autre reformule avant de répondre.
- Décider avec des conditions. Une durée, des points d’étape, ce qui ferait rentrer plus tôt, le projet du conjoint, ce qui sera préservé ici (logement, liens, réseau). Une décision assortie de conditions est plus facile à tenir, et plus facile à revoir.
Huit questions à se poser avant de dire oui
- Pourquoi ce poste, et pourquoi maintenant ?
- Qu’est-ce que chacun de nous y gagne, concrètement ?
- Qu’est-ce que chacun de nous y perd, et l’autre le sait-il ?
- Le conjoint pourra-t-il travailler légalement sur place, et le souhaite-t-il ?
- Quel sera son projet, au-delà de suivre ?
- Comment nos enfants vont-ils vivre ce départ, selon leur âge ?
- Qu’est-ce qui nous ferait rentrer plus tôt, et l’avons-nous dit ?
- Que devient notre vie ici : logement, parents, amis, réseau ?
Un témoignage : deux trajectoires qui se croisent
En 2019, lepetitjournal.com a publié l’histoire de Marjorie, partie en 2006 rejoindre son mari au Canada. Les premiers temps sont rudes : le mal du pays, des demandes répétées de rentrer en France, des disputes fréquentes à ce sujet. Elle finit par comprendre que ce qui lui manque n’est pas le pays, mais sa culture. Elle se rapproche de la communauté française, se fait des amis, trouve son équilibre. Quatre ans plus tard, elle est installée et a pris la nationalité canadienne. C’est alors son mari qui souhaite rentrer.
Cette histoire dit quelque chose d’essentiel : dans un couple, on ne s’adapte presque jamais au même rythme. Celui qui avait envie de partir peut être le premier à vouloir revenir. La décision d’expatriation n’est donc pas prise une fois pour toutes. Elle se reprend, à deux, à intervalles réguliers.
Dire non, ou « pas maintenant »
Refuser une mobilité peut être la bonne décision. Un non argumenté, porté par le couple, se défend souvent mieux auprès d’un employeur qu’une mission interrompue au bout d’un an. Entre le oui et le non, il existe aussi d’autres réponses : un départ reporté à la fin de l’année scolaire, une arrivée décalée de la famille, une mission plus courte, ou des conditions posées avant d’accepter.
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Pour le dirigeant qui reçoit la proposition
Cette semaine : demandez à votre conjoint ce qui lui ferait dire non, et notez-le sans discuter. |
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Pour le conjoint
Cette semaine : écrivez trois choses que ce départ vous apporterait, et trois qu’il vous coûterait. |
Trois pièges, trois parades
- Décider vite parce que l’employeur presse. Parade : demander un délai pour la famille, et le justifier.
- Taire ses doutes pour ne pas freiner l’autre. Parade : un temps où chacun parle sans être interrompu.
- Croire que la décision est prise une fois pour toutes. Parade : fixer ensemble des points d’étape, à six mois puis à un an.
Et chez vous ?
Une proposition est sur la table, ou le sujet revient régulièrement entre vous ? Quelques séances suffisent souvent pour que chacun dise ce qu’il n’arrive pas à dire seul, et que la décision devienne celle du couple. C’est l’objet de notre coaching de couple en expatriation. Pour la prise de poste qui suit, notre coaching de dirigeants prend le relais.
Pour aller plus loin : suivre son conjoint à l’étranger sans disparaître, le choc du retour, notre page coaching des expatriés et la rubrique Entre deux rives.
Questions fréquentes
Comment décider à deux d’une expatriation ?
En séparant trois temps : s’informer sur le poste, le pays, le droit au travail du conjoint et la scolarité ; se parler de ce que chacun gagne, perd et craint ; puis décider en fixant des conditions, une durée et des points d’étape.
Que faire si l’un des deux ne veut pas partir ?
Prendre ce refus au sérieux et chercher ce qu’il protège : une carrière, des liens, une peur précise. Il existe souvent des options intermédiaires, comme reporter le départ, décaler l’arrivée de la famille ou négocier des conditions. Un oui obtenu sous pression fragilise la suite.
Faut-il impliquer les enfants dans la décision ?
Les enfants n’ont pas à porter la décision, mais ils ont besoin d’être informés tôt et écoutés, selon leur âge. Leurs questions et leurs craintes sont des informations utiles pour préparer le départ.
Un coach peut-il aider un couple à décider d’une expatriation ?
Oui. Un tiers permet à chacun d’exprimer ce qu’il hésite à dire, de distinguer les faits des craintes et de construire une décision commune. Les séances peuvent se tenir en visioconférence.
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L’auteur Grégory Canalès est coach de dirigeants et superviseur de coachs professionnels, fondateur de Kix Transformation. Ses articles s’appuient sur des réflexions issues de ses accompagnements d’expatriés et de couples multiculturels, ainsi que sur les réussites et les échecs de son propre parcours international. |
Sources
Black et Stephens, Journal of Management, 1989 ; GMAC Global Relocation Services, Global Relocation Trends 2008 ; Alhéna Domela, « Je ne voulais pas quitter la France », lepetitjournal.com, 2019.
Crédit photo : Emilipothèse sur Unsplash.
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Trois questions pour aller plus loin
- Avez-vous déjà dit oui dans votre tête, avant d’en parler à votre partenaire ?
- Qu’est-ce qui ferait dire non à chacun de vous, et l’avez-vous écrit ?
- Quand reprendrez-vous cette décision, ensemble, une fois sur place ?
Pour poursuivre la lecture : Suivre son conjoint à l’étranger sans disparaître, Le choc du retour, Coaching de couple en expatriation.



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